Après nous, que retiendront nos enfants ? Quel exemple souhaitons-nous être à cet instant pour construire leurs souvenirs de demain ? C’est à l’arrivée de sa fille que Malak a décidé de repenser sa vie. À la sécurité financière et au statut social, elle a préféré l’équilibre familial, sans s’oublier pour autant.
Les injonctions sociales.
On grandit avec.
On se rebelle contre certaines, on intègre les autres.
Et en tant que femmes, les exigences sont particulièrement élevées.
Travailler dans la haute joaillerie et faire des semaines de 50h ?
Hyper valorisant.
Rester à la maison pour cuisiner et s’occuper de sa fille ?
Beaucoup moins intéressant.
Pourtant, c’est le choix qu’a fait Malak, à contre-courant des mœurs actuelles.
Petit retour en arrière pour comprendre le chemin qui l’a amenée à se trouver.
Appuyer sur “pause”
C’est en Jordanie que Malak grandit et tisse une relation forte avec ses parents, en particulier avec sa mère, qui consacre tout son temps libre à ses enfants.
Un soutien inconditionnel et précieux qui a forgé son caractère.
“Elle nous disait que rien n’était grave, que nous étions là pour apprendre. Cela a toujours été en moi et grâce à elle, je n’ai pas peur du changement. Quand ça ne va pas, je teste autre chose.”
De son enfance, Malak se souvient des plats qui parfumaient la maison quand elle rentrait de l’école.
Des après-midi passés en cuisine, terrain de découvertes et de confidences.
De ces petits riens du quotidien qui forgent les souvenirs de demain.
“Quand j’étais petite, pour moi la super sortie c’était quand mon père disait “allez, on va faire un tour en voiture et chacun choisit sa musique.” Ce n’était pas grand chose mais c’était formidable.”
2010, Malak arrive en France après son mariage.
Elle a 19 ans et n’a pas de temps à perdre : elle veut apprendre la langue, la culture et surtout, poursuivre ses études.
3 diplômes plus tard, elle rejoint de prestigieuses maisons de joaillerie.
À ce moment, elle coche toutes les cases de la success-woman.
Elle est celle qu’on admire, jalouse, envie.
Puis un jour, la grossesse s’invite dans sa vie. Très vite, elle comprend que sa vie parisienne ne sera pas compatible avec son rôle de mère.
Confier sa fille à quelqu’un d’autre pour enchaîner les heures de travail et ne la voir que quelques heures par jour. Très peu pour elle.
L’empreinte qu’elle laissera, les souvenirs que sa fille retiendra : voilà ce qui anime Malak désormais.
“Je suis en train de construire le passé de ma fille. Quand je fais quelque chose, je me demande si cela va rester ancré en elle ou non. Et ces moments, je ne pourrai pas les rattraper.”
Malak et son mari quittent alors la région parisienne pour s’installer dans le Loiret.
Dans un premier temps, elle décide de mettre à profit son expérience dans la joaillerie pour créer son entreprise et proposer des bijoux.
“Le démarrage a été très dur. Je me prenais la tête tout le temps pour les photos, le montage. Je pense que j’avais un gros manque de confiance, c’est pourquoi chaque tâche était hyper lourde.”
En parallèle, elle rejoint une entreprise où il est également question d’orfèvrerie : l’aéronautique.
Pendant 6 mois, Malak mène de front ses deux métiers, sans oublier la gestion du foyer au quotidien, un travail qui est trop souvent oublié, sous-estimé.
“Je n’arrivais pas à être à 100% dans ce que je faisais. Que ce soit au travail ou dans les rares moments passés avec ma fille. J’ai tenu 6 mois, puis j’ai déprimé pendant 6 mois.”
Une nouvelle fois à contre-courant des injonctions sociales, Malak décide d’appuyer sur “pause”.
Ne rien faire.
Si ce n’est prendre du temps pour savoir ce qu’elle veut, ce qu’elle ne veut plus.
Réfléchir à un travail qui serait aligné avec ses valeurs, qui répondrait à ses envies et qui lui permettrait de passer davantage de temps avec sa fille.
Ne plus courir après le temps, mais en savourer chaque seconde.
Se construire sans le regard des autres
À l’occasion d’une réunion de famille, Malak décide de prendre en charge les repas.
C’est à ce moment qu’elle a le déclic.
Elle qui aimait tant cuisiner avec sa mère en Jordanie, puis avec ses colocataires lorsqu’elle était en études, elle découvre qu’elle est finalement dans son élément.
“En cuisine, je découvre que je m’éclate. Je me retrouve en tant que femme, maman, et je fais quelque chose pour moi.”
Avec le soutien de ses proches, elle transforme sa passion en métier.
C’est la naissance d’Ô Délices de Jordanie, où Malak partage sa culture et sa passion en proposant des plats jordaniens à emporter.
Un changement de vie encore mal perçu, voire déprécié quand elle en parle autour d’elle.
“Quand j’ai dit vouloir faire de la cuisine, on m’a répondu que c’était dommage d’avoir fait autant d’études pour en arriver là. Mais ce n’est pas le métier qui compte, c’est d’être aligné avec soi-même. Pourquoi s’infliger un rôle si c’est pour répondre aux attentes des autres ?”

Le temps, encore une fois, a été son remède pour apprendre à se défaire des injonctions.
“Depuis la naissance de ma fille, j’apprends vraiment à m’écouter et à me questionner sur ce que je fais. Est-ce parce que j’en ai envie ou pour faire plaisir aux autres ?”
Plus sereine qu’elle ne l’a jamais été, Malak a trouvé son équilibre entre travail et vie de famille. Un cheminement long, parfois douloureux, mais qui paie aujourd’hui.
“Lorsque j’avais mon entreprise de bijoux, j’avais l’impression d’aller chercher le client tout le temps. Avec la cuisine, les gens arrivent à moi sans que je fasse trop de publicité. Tout est plus naturel.”

Aujourd’hui, Malak est fière quand sa fille lui dit que de tous les voyages, celui qu’elle préfère est la Jordanie, lorsqu’elle retrouve ses cousins et cousines.
Ou lorsqu’elle revient de l’école et lui demande ce qu’elle a préparé de bon dans la journée.
Une phrase anodine mais qui la renvoie aux souvenirs construits avec sa mère, sa famille.
Des souvenirs heureux, qui ne dépendent pas de la somme que l’on a investie.
Pour découvrir son travail :
- Son site : Ô Délices de Jordanie
- Son compte Instagram : Ô Délices de Jordanie

