Jeanne Le Melinaire_CEO Iziwup

“ Le savoir, c’est le pouvoir. ” Or, combien de personnes se sont trouvées démunies face à leur conseiller bancaire ? À découvert avant la fin du mois ? Combien ont fini avec des miettes au moment de la séparation ? Les exemples de situations d’inconfort face à l’argent ne manquent pas et pourtant, nous sommes-nous vraiment demandé pourquoi celles-ci apparaissaient et se répétaient ?

Et si, au lieu d’opter pour diverses stratégies d’évitement, au lieu de nous résigner, nous admettions tout simplement et sans rougir que nous ne savons pas ? Alors que nous apprenons dès la primaire à lire, écrire et compter, pourquoi apprendre à gérer son argent devrait tenir de l’inné ? 

C’est pour pallier ce manque d’éducation que Jeanne Le Melinaire a eu l’idée de créer Iziwup. Sa mission : faire en sorte que d’ici 10 ans, tous les moins de 30 ans aient reçu une éducation financière. Un projet aussi ambitieux qu’essentiel pour rééquilibrer les forces et gagner en indépendance. 

Jeanne Le Melinaire, CEO de Iziwup

Apprendre à gérer son argent comme on apprend à lire

Lorsque j’ai créé ce média, je souhaitais rencontrer et m’inspirer de femmes qui avaient osé prendre des risques pour embrasser le métier dont elles rêvaient. Peut-être l’avez-vous remarqué, une question revenait souvent : comment géraient-elles l’insécurité financière ? Je cherchais à me rassurer, à obtenir des conseils pour apaiser mes angoisses. 

Pour la majorité de mes invitées, la pression financière était devenue moins lourde depuis qu’elles s’épanouissaient professionnellement. Elles avaient appris à l’apprivoiser et à composer avec les pics de stress. Voilà qui était loin de m’arranger comme réponse. 

Puis je me suis prêtée à un exercice qui n’était pas très agréable, à savoir confronter ma peur pour tenter d’inverser le rapport de force : pourquoi l’argent, que ce soit dans sa gestion ou la perspective d’en manquer, me stressait autant ? 

Dans cette introspection, j’ai revu la façon dont mes parents géraient leurs finances, la perception que j’en avais alors et mon comportement erratique lorsque j’ai touché mes premiers salaires. 

Le nœud du problème était là, sous mes yeux : l’éducation ou plutôt, le manque d’éducation, que ce soit dans la sphère familiale ou le milieu scolaire. 

Un constat que Jeanne réalise après avoir travaillé en banque et dans le courtage. Des expériences professionnelles où ses valeurs profondes se heurtent à l’obligation de faire du chiffre, quoi qu’il en coûte, quel que soit le profil de son interlocuteur. Où le bagage éducatif compte moins que l’expérience de vente : malgré son master en droit du patrimoine et un autre en ingénierie patrimoniale, Jeanne partage la même fiche de poste et les mêmes responsabilités qu’un commercial de la grande distribution. 

“ Après avoir vu en rendez-vous une dame âgée venue pour discuter de son assurance-vie, ma hiérarchie m’a reproché de ne pas l’avoir orientée vers les marchés financiers, chose que je n’aurais jamais faite pour ma grand-mère. ”  

Durant ces quelques années en entreprise, Jeanne constate que les banques ne prennent pas leur responsabilité dans l’éducation financière de leurs clients, à moins de s’en servir comme argument de vente. 

Elle profite de la mutation de son conjoint dans le Loiret pour lever le pied et se poser les bonnes questions : qu’est-ce qui ne va pas avec les banques à l’heure actuelle et comment peut-elle apporter une solution qui respecte ses valeurs ? 

“ Croyez en vos rêves et ils se réaliseront peut-être. Croyez en vous et ils se réaliseront sûrement. ”1 

Élevée dans une famille qui possède sa propre entreprise et encouragée dès le lycée à se forger un état d’esprit de leader, Jeanne ne craint pas les projets d’envergure, au contraire. 

“ Au lycée, deux demi-journées par semaine étaient consacrées à des activités en équipes. Chaque chef.fe devait gérer son équipe comme une entreprise, par exemple avec l’organisation d’un spectacle ou la recherche de sponsors. ” 

Pendant un an, elle mûrit son projet, seule d’abord, puis soutenue par le Lab’O d’Orléans (structure destinée à accélérer la création et le développement d’entreprises innovantes) et en particulier par Anne Villieux, chargée d’affaires au Lab’O. 

“ Quand je revois mon premier business plan, je me dis que le Lab’O a davantage cru en la personne qu’à la stratégie ! Je ne connaissais rien aux stratégies entrepreneuriales, j’étais arrivée au bout de mes limites. Anne Villieux m’a vraiment aidée par ses conseils. ” 

Bosseuse et intuitive, déterminée et créative, leader et émotive : Jeanne l’admet volontiers, certaines de ses facettes lui ont joué des tours. Cependant, elles lui ont également permis de prendre des décisions, parfois radicales, et de rester solidement ancrée à ses valeurs et à sa mission, à savoir créer des supports éducatifs qui aident les gens à vivre mieux, plus heureux et ce, sans jamais vendre de produit financier. 

Pour mener à bien sa mission, elle s’entoure de Florian Lahilla et de Stanislas Hoareau, qui quittent leur poste dans le secteur bancaire pour cofonder Iziwup.

“ Trois ans avant que j’imagine Iziwup, Stan, Flo et moi prenions l’apéro et j’ai dit à Stan : “ Je sais que je vais entreprendre, que je vais monter ma boite et que tu travailleras pour moi !” Il a ri et répondu “Avec toi, à la limite ! ” ”

De gauche à droite : Florent Lahilla, Jeanne Le Melinaire et Stanislas Hoareau

Aller à contre-courant

Tous les trois s’accordent sur le fait que l’apprentissage à la finance doit entrer tôt dans l’éducation d’un enfant afin qu’il puisse grandir avec et le transmettre plus tard à ses enfants. 

Ils décident alors de créer une solution pour intégrer l’éducation financière de manière obligatoire à l’école, d’abord via une application mobile. 

Seulement, les coûts de développement sont très élevés avant même d’arriver au produit final. 

“ J’ai failli tuer ma boîte à cause des dépenses engendrées par l’application.  Je devais créer quelque chose qui soit décorrélé de la tech mais qui génère du chiffre d’affaires pour montrer ma crédibilité. ” 

Nous sommes en 2024, le smartphone est devenu un membre de la famille et pourtant, Jeanne n’écoute que son instinct et décide de créer… un cahier d’éducation financière, sur le modèle des cahiers de vacances.

“ J’étais l’enfant qui faisait tous les cahiers de vacances d’été, j’adorais ça ! Et puis un jour j’y ai repensé, je savais que je devais le faire, que j’avais trouvé LA solution. J’ai soumis l’idée à mes associés qui m’ont répondu : non. ” 

Grâce à la bourse obtenue par le programme d’accélération Saxo 45, Jeanne obtient gain de cause pour mener à bout son projet et tenter de sauver son entreprise. 

Avec l’aide d’institutrices et d’instituteurs, elle rédige le contenu de son premier cahier pour enfants dès 7 ans. L’illustration est confiée à une agence, également située dans le Loiret, tandis que l’impression est réalisée à Nevers. 

Entre 2024 et 2025, plus de 20 000 cahiers sont distribués. Véritable support de dialogue et d’échange au sein de la famille, les Izi’Books proposent des activités à réaliser afin que chaque membre devienne actrice ou acteur du budget familial. 

“ Chaque famille décide de donner ou non de l’argent de poche à ses enfants cependant, on les encourage à leur confier quelques missions afin qu’ils manipulent l’argent et se familiarisent avec. La tirelire est également un bon moyen pour discuter de ses envies, de se poser des questions et de prendre de bonnes habitudes. Et puis on se rend vite compte que les enfants sont très concentrés quand on leur parle d’argent ! ”

Informer les jeunes des dérives sur les réseaux sociaux

Si Jeanne tient à rendre l’éducation financière accessible à tous, il est un public qui lui tient peut-être un peu plus à cœur, celui des 16-25 ans.

Contrairement à ce que je pensais, Jeanne m’apprend que les jeunes sont très avertis et en demande d’information sur ce sujet. 

En quête de gains rapides, ce public se trouve déjà en haut de la pyramide de l’épargne (investissements alternatifs dans la cryptomonnaie, l’art ou le vin) alors que les bases sont encore fragiles, voire inexistantes (bonne gestion du budget, épargne de sécurité).

“ Mais ils font aussi beaucoup d’erreurs parce qu’ils sont trompés par les réseaux sociaux. Il y a bien sûr les influenceurs non-agrémentés pour parler finances, mais aussi ceux qui vendent des méthodes pour devenir gestionnaire de patrimoine en 2 mois afin de compléter leurs revenus. Ces gens détruisent notre métier et la confiance. ” 

En plus du cahier Izy’Smart destiné aux jeunes adultes, Iziwup propose aux écoles une plateforme d’e-learning afin de lutter contre ce fléau. Intégrée au cursus scolaire, son examen final conditionne l’obtention du diplôme. 

En deux ans, ce sont plus de 1 500 étudiantes et étudiants qui ont été formé.es à la finance grâce à Jeanne, Stanislas et Florent. 

“ Les étudiants veulent des informations concrètes, qui s’appliquent à leur quotidien. Lorsqu’ils nous recontactent pour nous dire qu’ils ont été voir leur banquier pour mettre de nouvelles choses en place car ils avaient suffisamment confiance en eux, c’est notre plus grande récompense. ”

Les rendements des femmes sont supérieurs à ceux des hommes

Si Iziwup n’a pas encore exploré ce sujet en profondeur, Jeanne observe que les hommes se montrent bien plus confiants que les femmes lorsqu’il s’agit de parler de finance ou d’investir. Réalisé en mars 2025 par le média ViveS en partenariat avec Boursobank et Natixis Wealth Management2, le baromètre annuel nous apprend que : 

  • Pour 43% des hommes, l’argent est synonyme de liberté… 
  • Alors que 39% des femmes l’associent à l’angoisse
  • 51% des hommes sont à l’aise pour parler patrimoine avec leur entourage et leur banque, contre 45% des femmes
  • 29% des hommes sont prêts à prendre des risques pour réaliser des investissements, contre 16% des femmes

Le premier élément de réponse que l’on pourrait apporter réside dans l’évolution de la société. Il a fallu attendre le 13 juillet 1965 pour que les femmes puissent ouvrir un compte bancaire et travailler sans l’autorisation de leur mari. 

Comme un fantôme du passé, l’Observatoire de l’émancipation économique des femmes3 montre que pour la majorité des couples hétérosexuels, les dépenses domestiques sont principalements faites par la femme, quand l’homme gère les dépenses structurelles, comme l’achat de la voiture ou du logement. 

À cela s’ajoute bien souvent une répartition à 50/50 des dépenses du foyer, alors que l’écart de salaire dans le couple hétérosexuel est de 42% en moyenne, en faveur de l’homme bien sûr. Un patrimoine à deux vitesses se construit alors au sein du couple. 

Au moment de la séparation, 20% des femmes basculent dans la pauvreté, contre 8% des hommes. C’est ce que Titiou Lecoq appelle la théorie du pot de yaourt dans son livre Le couple & l’argent (Éditions L’Iconoclaste).

C’est pourquoi l’éducation financière demeure un enjeu majeur et un puissant levier d’émancipation. D’autant plus que pour les femmes qui investissent, leur rendement est supérieur de 2% à celui des hommes4. En effet, elles tendent à davantage diversifier leur épargne et laisser travailler leurs investissements, quand les hommes adoptent un comportement plus impulsif, allant plus facilement vers le trading

Cependant, il serait réducteur de cantonner Jeanne à une démarche orientée uniquement vers les femmes. 

“ On m’a beaucoup demandé de parler aux femmes mais je pense que cela les infantilise plus que ça ne les aide. Elles sont capables de comprendre, voire même mieux que les hommes. De plus, ça ne fait que décaler le problème : habituons-nous à voir des femmes dans le milieu de la finance. ”

Quel que soit son âge, il n’est jamais trop tard pour (re)prendre le contrôle sur ses finances, c’est pourquoi Jeanne préconise de : 

  • Faire le point sur sa situation financière au moins une fois par an avec sa banque 
  • Faire attention aux offres trop alléchantes et aux réseaux sociaux : il est impossible d’obtenir des rendements très hauts, très vite
  • De même, ne pas acheter des formations qui vous promettent de devenir gestionnaire en patrimoine en 2 mois 
  • De se former au bon endroit, notamment avec les Izy’Books mais aussi Plan Cash et ViveS

Loin de l’image froide que l’on peut avoir des banquiers, Jeanne nous montre que les rêves peuvent aller de pair avec l’ambition, qu’ils peuvent même être leur moteur. 

“ Je n’ai qu’une peur, c’est de mourir. Si je ne suis pas en danger de mort, je fonce, je n’ai aucune barrière et je suis mon intuition. ”

L’intuition que l’éducation financière est indispensable et qu’elle est sur le point d’impacter durablement les futures générations. 

Cette même intuition qui l’a poussée à envoyer huit cahiers à Brigitte Macron parce qu’elle sait que ce sujet est sur le point de devenir un enjeu de société capital. 

(Et elle compte bien continuer à les lui envoyer jusqu’à obtenir une réponse). 

Si Jeanne était : 

  • Un lieu : Bali, pour son énergie
  • Un livre : Les cinq blessures de l’âme, Isabelle Gauducheau, Mary Laure Teyssedre (Éditions Jouvence)
  • Un plat : un sandwich ! 
  • Un fun fact : “ J’ai eu le pire score au TOEIC, toute année confondue dans ma fac de droit, ce qui m’a valu d’être convoquée par le doyen !”

Ressources : 

  • Le site Iziwup, pour découvrir les cahiers pour enfants et adultes (frais de livraison offerts dès 25€ d’achat et 10% de remise avec le code IZIBOOK10).
  • Le compte Linkedin Iziwup, où l’on parle finances sans jargon et avec des exemples qui s’appliquent au quotidien
  • Le compte Linkedin de Jeanne, qui partage ses conseils, notamment à travers son défi “ 1000 euros, 3 mois, 1 objectif ” où elle explique pas à pas comment elle compte investir ses premiers 1000€ en bourse. 
  • ViveS Média, pour se former et s’informer grâce à des articles et des vidéos
  • Plan Cash, l’application pour apprendre à investir et se construire un patrimoine
  • Les notes de l’Observatoire de l’émancipation économique des femmes par La Fondation des Femmes

À lire : 

  • Le couple & l’argent, Titiou Lecoq (Éditions L’Iconoclaste)
  • Le coût de la virilité – Ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme des femmes, Lucile Peytavin (Éditions Anne Carrière)

À écouter : 

  1. Citation : Martin Luther King ↩︎
  2.  Source : https://vivesmedia.fr/barometre-femmes-et-argent/ ↩︎
  3. Source : https://fondationdesfemmes.org/telechargements/cout-du-divorce/ ↩︎
  4. Source : https://investir.lesechos.fr/budget/vie-pratique/performances-boursieres-les-femmes-font-2-mieux-que-les-hommes-2084235 ↩︎


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